Adam de Craponne, « le bienfaiteur de la Provence »

Craponne

C’est dans une Provence pourtant agitée par les guerres de religion qu’Adam de Craponne conçoit et mène à bien l’extraordinaire projet d’un canal apportant irrigation et force motrice, dans le pays salonais d’abord et plus tard dans la crau et le terroir arlésien.

Adam est né à Salon en 1523. Il obtient le 17 août 1544 le droit de détourner les eaux de la Durance. Pour parvenir à ses fins il doit franchir le « col ou seuil » de Lamanon, point haut sur le parcours du futur canal entre la roque d’anthéron, le pays salonais et la mer. Après avoir obtenu l’accord des propriétaires des terres traversées, il réalise prudemment un premier canal de section réduite afin de vérifier l’exactitude de ses calculs. Il s’agit de conduire les eaux sur près de trente kilomètres grâce à une pente d’un millimètre par mètre!

Un essai concluant finalisé en 1556 et qui ouvre la voie au canal. L’eau entre dans la ville de Salon le 29 avril 1559 « avec applaudissements, étonnements et joie autant incroyable qu’inespérée », alors que comme l’écrit César de Nostredame : « plusieurs sages avaient cru, voire semé que Craponne avait entrepris l’impossible et l’infaisable ».

Lamanon comme tous les territoires traversés par le canal bénéficie des bienfaits de ces eaux. Cette réussite donne des idées aux consuls d’eyguières qui passent commande à Adam d’une branche irriguant leur terroir. Incapable de tenir le délai d’un an, il concède ses droits à son frère Frédéric qui ouvre ce fossé « au terroir du lieu de Lamanon ». C’est l’amorce, à partir d’un partiteur sommaire situé quelques dizaines de mètres à l’est de l’actuel bassin des quatre chemins, de ce qui deviendra la branche d’Arles du canal de Craponne.

C’est ainsi que nait dans cet aride pays Provençal une ère nouvelle : des terres en friches deviennent jachères où poussent les céréales et autour de Salon de crau, d’Eyguières, de Grans, d’Istres les « cossouls » verdissent. Sur les « restanques » irriguées prospèrent oliviers, vignes, et arbres fruitiers. Tout au long du canal de nouveaux moulins bénéficient de la force motrice du courant pour moudre le blé et presser les olives. À Lamanon, depuis 1767 le Vallat madame amène l’eau du Craponne jusqu’au cœur du village et l’achemine vers les bastides les plus éloignées.

Depuis ces temps anciens le cours des canaux provençaux et du Craponne en particulier, quasi inchangé jusqu’au milieu du 20ème siècle, a été profondément bouleversé par la création dans les annéees 60/70 du grand canal EDF et du canal commun « Boisgelin-Craponne ». Mais le pays Salonais, la Crau, les Alpilles et le pays d’Arles reçoivent toujours l’eau généreuse de la Durance. Et notre village bénéficie toujours de l’œuvre du génial hydraulicien auquel il a rendu hommage, conjointement avec l’Œuvre Générale de Craponne, par la création en 1954 du bassin où est érigé son buste.