Le village contemporain

Il fut créé en 1745 par le Marquis César de Mark de Tripoli de Panisse Passis devenu , par achats successifs des différentes coseigneuries, le seigneur majeur des fiefs de Lamanon et Beauvezet.

Pour optimiser les revenus tirés de son immense domaine, il cède à bail emphytéotique maisons et terres, sous le cens du 1/8ème des fruits.

Douze premières maisons en 1745. Cinquante, soixante et dix ans plus tard, ouvertes au sud, adossées à la colline et au mistral, alignées dans le prolongement du château construit entre 1618 et 1624 par Marc Antoine de Cadenet. Une implantation à proximité des axes majeurs de circulation se croisant dans le pertuis ou seuil de Lamanon, autrefois emprunté par la Durance.

Rude existence pour ces premiers habitants, paysans pauvres et très souvent illettrés. À cette époque les paroissiens sont encore accueillis dans la chapelle du château. Elle devient rapidement trop petite face à cet apport de population. C’est donc à nouveau l’église rurale « st Denis de Calès », restaurée, qui accueille le culte entre 1752 et le 05 août 1783, date de la Bénédiction de l’église actuelle, érigée sur un mamelon, entre château et premières maisons du village.

Avec la révolution, l’assemblée villageoise et le consul sont remplacés par le conseil municipal et son maire. Le premier est Paul Turc, élu le 21/02/1790.

Mais à Lamanon 1789 a finalement changé peu de choses ; certes l’acte d’inféodation est devenu caduc. Pourtant la relation entre le marquis, non exproprié, car resté en France, et ses paysans est restée identique, très inégalitaire, marquée par la dépendance économique et le maintien d’une pesante autorité morale.

Entre 1800 et 1826, le château actuel est érigé. Seule subsiste de l’ancien édifice des « Cadenet » une tour, encore visible aujourd’hui, accolée à l’aile droite des annexes.

Au fil des ans la population évolue et atteint environ 350 Habitants au 1er tiers du 19ème siècle. La plaine de Lamanon, entre Roquerousse et Calès , au cœur du seuil, est alors une terre exclusivement agricole, pas partout très fertile, mais heureusement traversée par les 2 grands canaux Craponne et Boisgelin permettant l’ irrigation d’ une partie des cultures , en particulier après 1767 et la création du Vallat Madame.

Les productions des « emphytéotes » sont essentiellement destinées à l’auto- consommation (légumes, céréales, vigne, arbres fruitiers) et à l’alimentation de leur rare bétail domestique(fourrage). Ils tentent aussi d’améliorer leurs modestes revenus par la sériciculture (élevage de vers à soie).

Les fermes du Marquis, (beauvezet, la grand manon, la tuilière, confoux, napoulon, les barres, boisredon) emploient de nombreux ouvriers et produisent en quantité vin, huile d’olive, céréales, fourrages, fruits et légumes, commercialisés sur les marchés voisins et régionaux. Elles élèvent aussi un important troupeau de moutons qui paissent en hiver sur les terres mégières de Roquerousse et rejoignent en été les prés et marais au sud- ouest du domaine.

En 1821 la création du relais du télégraphe de Chappe, au sommet de la colline, pourrait laisser croire à l’arrivée, dans notre village, d’une certaine modernité. Mais ce début de 19ème siècle est un temps difficile pour nos aïeux, pratiquant une agriculture encore archaïque soumise aux caprices du climat et aux calamités agricoles. Pendant la période hivernale, ils ne doivent parfois leur survie qu’à l’organisation de grands travaux d’entretien financés par le marquis qui en est aussi le principal bénéficiaire.

Ce n’est qu’au milieu du siècle que sont créées les premières écoles : 1844 pour celle, publique, de Garçons. Et neuf ans plus tard, quand le marquis Jean-Baptiste Alexandre de Panisse Passis crée et finance une école congréganiste gratuite de jeunes filles. Elle fermera ses portes en 1904, avec les dispositions de la loi Combes.

Il faut attendre la 2ème moitié de ce siècle pour que, lentement, se dessine une amélioration du niveau de vie des Lamanonais. Les progrès de l’agriculture (engrais, rotations des cultures, machinerie agricole) et les défrichages de landes permettent d’accroitre rendements et productions. Une évolution qui peut surtout s’appuyer sur l’arrivée, en moins de vingt- cinq ans, de deux lignes de chemins de fer et la création de deux gares : le PLM en 1867, de direction nord/sud et le chemin de fer des bouches du Rhône (ou des batignoles) en 1889, dans le sens ouest/est. Un quartier nouveau voit ainsi le jour et le rail offre d’importantes et nouvelles possibilités d’échanges économiques et sociaux avec le reste de la région et même du pays.

Malgré la persistance des crises (phylloxera, mortalité importante des vers à soie, gels tardifs) les plaintes du conseil municipal et les demandes de subventions sont moins fréquentes. Le grand nombre de commerçants et artisans du village est un autre indicateur de cette meilleure santé économique. Alors que la population oscille entre 4 et 500 habitants, répartis entre les fermes, les 80 maisons du village et la Baronnerie, Lamanon compte trois épiciers, quatre boulangers, deux cafetiers, un boucher, trois couturiers, un coiffeur, un meunier, un maréchal ferrant, plusieurs bûcherons, maçons, tailleurs de pierres. Deux carrières, l’une au Défends, l’autre à Roquerousse emploient chacune 3 ouvriers.

La charnière des 19ème et 20èmesiècle confirme cette tendance. Certes la commune est par bien des aspects toujours soumise à la « bienveillante autorité » morale et économique du château. Mais quelques signes montrent clairement que les temps sont en train de changer : la poste est créée, la commune électrifiée, l’école des Marronniers sort de terre, les rues sont embellies par la plantation de platanes et marronniers. Un signe fort de cette volonté de changement est fourni par le résultat des élections législatives de 1910 qui voient, sur 107 votants, les candidats radicaux-socialistes et socialistes obtenir respectivement 60 et 43 voix. La population Lamanonaise aspire à plus de confort et d’ autonomie et ose voter contre les candidats conservateurs, traditionnellement soutenus par le Marquis.

Le village accueille aussi de nombreux citadins. Attirés par son calme et la beauté de ses sites ils investissent dans de petites propriétés.

Malgré sa proximité de l’épicentre, la commune est relativement épargnée en 1909 par le meurtrier tremblement de terre de Lambesc.

La tragédie de 1914/1918 est ensuite une terrible épreuve dont 29 enfants Lamanonais ne reviennent pas.

C’est pendant ce conflit que l’histoire de la commune connait , le 17/09/1917, une évolution majeure : la famille De Sabran pontevès et ses alliés vendent château et domaine à un industriel du bois, la SEIF. Sont créées immédiatement, dans le quartier de la gare, une distillerie de résine et une scierie, autonomes en énergie grâce à une unité hydroélectrique installée sur le canal de Craponne. Arrivent alors à Lamanon de nombreuses familles landaises et italiennes, attirées par les besoins en main d’œuvre de ces industries. Pour assurer l’avenir du vignoble lamanonais, maintenant remis de la crise du phylloxera, une cave vinicole est créée dans le même quartier.

Mais l’activité principale de la SEIF et sa volonté affichée de faire « argent de tous bois » inquiètent dans un premier temps nos élus qui le 26/02/1918 obtiennent le classement du grand platane et des grottes de Calès « parmi les sites et monuments naturels de caractère artistique ».

La SEIF devient « société Valentin et CIE » en 1922 et SEAF en 1938. Les actionnaires administrent le village : entre 1925 et 1957 Mrs Valentin et Barbou sont élus maires respectivement 12 et 18 ans.

En 1931 commence, au pied de Roque rousse, la construction du DRMU, achevée en 1938. Le dépôt comme l’appelaient les lamanonais, résistera au dynamitage allemand en août 1944. Il s’intègrera parfaitement à la vie du village jusqu’ à sa fermeture en 2008.

Dans l’entre-deux guerres le château est la plupart du temps fermé. Il sera ensuite réquisitionné par l’occupant allemand puis par les troupes Américaines après la libération du village, intervenue le 23/08/1944. Ce jour- là, à 15H, les lamanonais accueillent dans la liesse les GI’S de la 7ème armée. Un énorme soulagement après les heures d’angoisse vécues par la population villageoise réfugiée dans le cirque de Calès d’où elle assiste, impuissante, au dynamitage du DRMU et des ponts sur les canaux.

Dès l’après-guerre J. P. Barbou et sa veuve, devenus actionnaires uniques de la SEAF, vendent progressivement tous les fleurons de l’immense domaine : fermes, collines, terrains, maisons et même le château, auparavant divisé en appartements. Des ventes qui sonnent le glas du domaine historique de la famille De Panisse passis, éparpillé entre de nombreux propriétaires.

La commune, qui jusque-là, ne possédait rien, ou si peu, achète ainsi l’essentiel de ses sites emblématiques : la place de l’église, le cirque et la colline de Calès, l’ église historique de St denis et plus tard(1981) les collines du défend et de beauvezet ; mais les villageois doivent maintenant admirer le grand platane depuis l’ allée du château.

Dans le courant des années 50/ 60, notre village amorce une spectaculaire métamorphose. Progressivement zones industrielles et lotissements grignotent les terres agricoles communales. Successivement la NOR en 1949(devenue Mirion), la Sabla en 1954, les « Agglomérés du littoral » en 1956, s’ installent à Lamanon. Les vignes du piémont de roquerousse laissent place au grand canal EDF, à l’autoroute et à son immense gare de péage. Les canaux historiques disparaissent ensuite, remplacés par le canal commun « boisgelin/craponne ».

Beaucoup de familles « pieds-noirs » arrivent après 1962. Les nouveaux lotissements accueillent ensuite de nombreux arrivants, souvent venus travailler dans les grands sites industriels du golfe de fos et de l’étang de Berre. Des évolutions qui meurtrissent les paysages bucoliques de la périphérie villageoise, mais qui en contrepartie dynamisent la vie locale. Cet apport de population permet la création de nombreuses associations dont les activités et initiatives animent le village.

L’essor industriel des années 60 est complété par la création de l’importante zone d’activité des plantades. Les infrastructures communales sont progressivement mises à niveau. La population, 700 personnes en 1960, évolue rapidement et dépasse maintenant 2000 habitants. La commune peut s’enorgueillir aujourd’hui du dynamisme d’ un secteur économique dont les acteurs (entreprises, artisans, commerçants, agriculteurs, professions libérales) assurent environ 800 emplois.